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#01 Pourquoi les principes de l’Innovation Frugale sont-ils plus que jamais d'actualité

Mis à jour : 16 sept. 2019

Ce premier article fait partie d’une série qui se propose de revisiter l’Innovation Frugale, ses fondamentaux et son évolution en s’appuyant sur de la recherche académique, des cas concrets et des projections personnelles.


Le terme « Jugaad » vient du même mot populaire hindi qui peut être traduit comme « une solution innovante, improvisée, née de l’ingéniosité et de l’intelligence ». Ce terme hindi a sa traduction propre dans d’autres pays comme en Chine "zizhu chuangnix" ou au Brésil "gambiarra" et se rapproche en France de la notion de « système D ». Il faudra attendre Navi Radjou et Jaideep Prabhu en 2013 (« L’innovation Jugaad ») puis 2015 (« L’innovation Frugale, Comment faire mieux avec moins » ) pour que cette approche soit théorisée.

L’Innovation Frugale serait l'optimisation de trois dimensions : la simplicité (accessible pour tous), la durabilité (importante pour l’environnement) et la qualité.

L'innovation dans les pays développés, une course en avant de plus en plus décalée avec les besoins des utilisateurs ?

L’Innovation Juggad trouve donc son origine dans les pratiques des pays émergents avec pour préoccupation principale de répondre aux besoins primaires des utilisateurs en proposant la juste fonction, au juste prix tout en étant économe en ressources.

Inversement, le système occidental s’appuie plutôt sur une logique descendante, ou Top-Down, où le focus est donné aux consommateurs à fort pouvoir d’achat. Selon Navi Radjou, les études indiquent que les dépenses en R&D ont augmenté de +70% en 10 ans mais que dans le même temps le taux d’échec des innovations est estimé à 85% (Source Nielsen). Ainsi l’innovation dans les pays développés serait à la fois très coûteuse et peu productive. Par ailleurs, ce système favorise la conception de produits toujours plus complexes, très consommateurs en ressources. De là à conclure que l’innovation dans les pays développés n’est pas ou plus adaptée pour créer suffisamment de valeur, il n’y a qu’un pas…


Opposer pays émergents et pays développés fait-il encore systématiquement sens ?

L'analyse de Navi Radjou et Jaideep Prabhu va au-delà de ce simple constat et s’intéresse aux opportunités que représente la croissance des pays émergents, le fort développement des classes moyennes à l’échelle mondiale, la poussée de la natalité, … Et dans le même temps, ils pointent des phénomènes qui touchent les économies développées tel le vieillissement de la population, la paupérisation (ex séniors), les contraintes économiques (ex sur le marché de la Santé) la raréfaction des ressources et plus récemment le développement durable (DD).

Ainsi comme l’indique le Michael Saag, Professeur à l'Université de l'Alabama, Birmingham, «beaucoup de problèmes que nous voyons en Afrique subsaharienne, nous les voyons dans les zones rurales de l'Alabama ».

Les contraintes auxquelles font face les pays émergents et développés ne seraient donc pas si éloignées voir se recouperaient ce qui laisse penser que les approches d’innovation peuvent l’être de même.

"If you can serve the poor profitably, you can disrupt existing markets."*

Ce parallèle établi, on oublie bien vite que nombre de pays émergents disposent de capacité technologique, d’un marché intérieur large (et parfois bien protégé), et de relations transversales bien établies entre pays en voie de développement comme par exemple entre l'Inde, l’Afrique et l’Amérique du Sud .

Avec une approche plus centrée sur les besoins des utilisateurs, en sortant de la logique techno centrée et en proposant des produits plus abordables, ils représentent donc un risque réel pour nos économies tout comme l’anticipaient Hart and Christensen, dès 2002 en liant la disruption aux économies émergentes :Disrupting the Pyramid.


De fait en favorisant des innovations plus inclusives, plus accessibles, plus durables tant dans les pays émergents que développés, ces nouvelles offres permettraient de soutenir la demande et seraient donc un nouveau moteur de croissance à l’image de Renault et sa gamme DACIA. Conçue avec une approche frugale ou apparentée, cette gamme représente près de 40 % des ventes totales du groupe sur les huit premiers mois de 2018. Sans ce virage opéré il y a quelques années, on peut se demander à juste titre ce que serait Renault aujourd’hui…


Face à ces nouvelles opportunités et enjeux, Navi Radjou et Jaideep Prabhu ont proposé un cadre de réflexion et d’actions pour innover de manière plus efficiente mais on trouvera d’autres propositions moins diffusées comme celles de Charles Leadbeater et Abhinav Argawal dont les principes ou modes d’actions sont repris en fin de document.


En somme, si on devait reformuler, l'Innovation Frugale serait la capacité d’une organisation de répondre à une problématique de manière efficiente, inclusive, sans sophistication ni superflu, sans concession sur la qualité du service rendu et tout en étant respectueuse de l’environnement.


Sa mise en œuvre nécessite un management de l’innovation adapté qui nécessite de s’intéresser à 3 dimensions :

  • Une finalité sociale et environnementale car l’IF est à la base volontairement humaniste et fait lien avec l’innovation sociale et le DD en créant une sorte de contrat moral entre l’organisation et le public qu’elle veut adresser .

  • Une ingénierie de projet spécifique pour éviter les biais classiques du techno-push pour plutôt optimiser trois dimensions essentielles : la simplicité, la durabilité et la qualité

  • Des business model revisités avec une nouvelle définition de la valeur et de son partage avec les différents acteurs


Soit faire mieux avec moins pour plus

Dans le prochain article, nous irons voir du côté du terrain …


(*)Thane Kreiner, Executive Director du Centre for Science, Technology, and Society at Santa Clara University

Ressources

Charles Leadbeater (2014), dans son livre The Frugal Innovator considère huit principes ou modes d’actions.


Abhinav Argawal, fondateurs du Jugaad-Lab, agence d’Innovation Frugale basée à Paris propose 12 principes



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