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Piloter l'incertitude, un oxymore ?

Innover c’est souve

nt améliorer une offre existante mais aussi, dans certains cas, avancer dans l’incertain vers une destination non totalement connue à priori. Dès lors comment piloter à la fois du tangible et du flou ? Existe-t-il des modes de pilotage adaptés ? 


Les innovation incrémentales sont de l'ordre de la conception réglée où l'’excellence opérationnelle est clef


La majeure partie des innovations sont dites incrémentales et sont donc souvent plutôt dans le domaine de l’exploitation. Ces innovations se basent sur une identité connue, un cahier des charges, des métiers et technologies identifiées. Cela n’empêche pas pour autant une activité innovante et la nécessité d'activer des méthodes de types Design Thinking, Lean Startup pour identifier les usages, les besoins, valider des concepts, ... Le degré de rupture avec le design dominant n’étant néanmoins pas total, l’excellence opérationnelle est clef car garante d’une mise sur le marché rapide et dans les objectifs de QCD. On est donc dans un mode de pilotage classique (cycle en V, analyse fonctionnelle, CDC).


Les innovations plus radicales demandent de piloter la création d'un "objet" qui n'existe pas encore.


Plus en amont, on est dans la conception innovante car il s’agit bien ici de concevoir quelque chose de neuf où l’identité même de l’objet conçu sera peut-être en rupture, avec des spécifications inconnues et des métiers / technologies tout autant. La valeur de l’objet n’étant donc pas connue à priori, elle se construit chemin faisant (#valuation) selon le contexte mais aussi – et on l’oublie trop souvent - en fonction de l’équipe projet et de sa vision propre.

La notion d’alignement stratégique, du sens des actions, de leur répartition en fonction de compétences (et non des métiers), de la dynamique du groupe projet, de la gestion et des prises de risques sont des éléments clef à considérer. Car plus que la compétence individuelle, c’est ici l’engagement et le dépassement des individus au service d’un projet commun qui sont les moteurs du succès. 

Cette incertitude justifie-t-elle pour autant une absence de pilotage ? Évidemment, non mais on comprend aisément que l’on ne peut appliquer d’une part les mêmes approches qu’en exploitation avec les PERT/GANT ou KPI habituels. Par ailleurs, la distinction exploration / exploitation est elle-même un peu trop rigide car au sein du même programme, des poches coexistent. 


Piloter le flou, c'est à la fois changer de mindset en adhérant à des approches entrepreneuriales (#effectuation, #frugal) et intégrer certains principes des méthodes agiles qui ont fait leur preuve. 


La co-construction, la co-régulation, les REX sont ici au cœur du pilotage. Il s’agit ici de déterminer non pas des tâches séquentielles mais un chemin construit sur des enjeux créateur de valeur à atteindre par le groupe qui font sens pour l’équipe (#management par enjeux). L’objectif ici est double : consolider le groupe autour des enjeux communs et démultiplier l’effort et la créativité du groupe par un plus fort engagement. 

D’autres paramètres sont évidement clés comme l’alignement stratégique, la présence d’un sponsor / décideur, d’une gestion budgétaire ad’hoc basée sur « ce que l’on est prêt à perdre », de charte de fonctionnement, de routines, de sprint, des méthodes de conception ...


Le mode de pilotage de projet doit et peut être adapté à la maturité du projet ce qui pose de fait une problématique organisationnelle


Ainsi, pour conclure, le pilotage de projet doit et peut être adapté à la maturité du projet (exploration, exploitation). Vouloir piloter des projets plus amonts et incertains demande de leur accorder une place spécifique, de sortir de la logique classique de management de projet / KPI et de faire confiance en l’ingéniosité collective des équipes projets. 

De fait, cela pose un sujet plus organisationnel car comment gérer l’ambidextrie (cf les trois horizons de l’innovation) et donc un management de projet différentié et ce au sein des mêmes services, équipes ? Pour les organisations qui veulent sortir de la seule innovation incrémentale, c’est souvent un véritable dilemme car demande de prendre en compte les spécificités de la conception innovante.

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